PROTECTION ET SOUVERAINETÉ AGRICOLES
Mesdames les Ministres,
Mesdames et Messieurs les rapporteurs,
Chers collègues,
En entamant l’examen de ce projet de loi, dernier texte portant directement sur les enjeux agricoles avant les échéances électorales de 2027, nous ne pouvons que dresser un constat inquiétant de la situation dans laquelle se trouve l’agriculture de notre pays.
Inquiétant au regard des divisions, des fractures de plus en plus profondes, qui traversent le monde agricole.
Inquiétant, sans amnésie politique, après une décennie où les gouvernements qui se sont succédé, ont d’abord accompagné les politiques libérales imposées au secteur agricole, avant de redécouvrir sur le tard les vertus de la « souveraineté alimentaire », tout en prenant soin d’en édulcorer sa dimension démocratique et transformatrice.
Oui, le plus inquiétant dans la politique agricole conduite sous la présidence d’Emmanuel Macron, c’est qu’elle a considérablement retardé l’accompagnement de tous les agriculteurs français sur le chemin d’une agriculture durable.
Le plus inquiétant, c’est ce refus constant de doter à nouveau l’Etat et l’Union européenne de puissants outils d’intervention, de régulation et de gestion publiques, outils structurels plus indispensables que jamais pour faire face aux immenses défis qui s’avancent.
Ces grands défis, ces grandes « urgences agricoles », devraient pourtant ici nous rassembler :
– Défi alimentaire d’abord, avec la croissance sans précédent des importations agricoles et alimentaires au cours des 10 dernières années, avec un taux d’auto-approvisionnement historiquement bas pour de nombreuses filières, entraînant une dégradation de la qualité de l’alimentation de millions de Français.
– Défi générationnel ensuite, avec la perte de 100 000 exploitations, un quart de nos fermes ont encore disparues ces dix dernières années. Sans parler de la perspective de départ en retraite de près de 50 % des exploitants dans la prochaine décennie.
– Défi économique toujours, avec l’insuffisance chronique de revenus pour une majorité d’agriculteurs, et une volatilité sans précédent des prix d’achat des productions qui minent la pérennité des exploitations familiales. Voilà les principales contraintes pour la profession qui empêchent la transformation de nos systèmes de production.
– Défi d’adaptation aux conséquences du changement climatique et de la perte accélérée de biodiversité, avec les pressions croissantes qui s’exercent – et vont s’exercer toujours plus- sur nos agrosystèmes, avec les aléas climatiques, et les nouvelles menaces sanitaires et environnementales.
– Défi agronomique et agroécologique enfin, pour trouver en peu de temps, les conditions d’une agriculture du XXIème siècle, rémunératrice, saine et durable, sur l’ensemble du territoire métropolitain comme dans nos Outre-mer, avec la nécessité de se défaire des dépendances les plus coûteuses en matière d’intrants, de pesticides, de mécanisation et d’énergie, mais aussi de charges financières de plus en plus lourdes.
Comme députés communistes, qui défendons depuis toujours un modèle d’exploitations familiales, à taille humaine, basé sur un tissu dense de fermes présentes sur l’ensemble des territoires, la réponse à ces défis ne peut passer par une course sans fin à la compétitivité-prix et par un ajustement structurel sur la concurrence internationale. Même par petites touches, même par petits pas législatifs, comme le prévoient malheureusement certains articles de ce texte.
Nous refusons d’accompagner ce glissement vers des structures de plus en plus spécialisées, toujours plus grandes, toujours plus capitalistiques, avec une externalisation croissante du travail agricole.
Cette fuite en avant n’est pas la réponse adéquate aux défis que nous venons de soulever.
Au contraire, nous sommes convaincus que c’est cette logique de mise en concurrence permanente des agricultures, qui nourrit la baisse du nombre d’exploitations, la pression sur les prix d’achat, et finit par remettre en cause la qualité des productions comme la sécurité sanitaire de l’alimentation.
Malgré votre douloureux bilan, nous abordons l’examen de cette voiture balai législative, en étant – comme toujours – ouverts et constructifs – vis-à-vis des mesures qui nous paraissent constituer des avancées.
C’est le cas de l’amélioration du cadre des négociations commerciales dans le prolongement des lois EGALIM, de l’amélioration des missions des SAFER ou du renforcement du sourcing européen des produits proposés en restauration collective.
Mais, d’un autre côté, nous resterons extrêmement vigilants et déterminés à faire face aux mesures régressives que le texte pourrait porter notamment sur le plan environnemental.
Je terminerai par le point le plus inquiétant avec les mesures que votre Gouvernement tente d’imposer en matière de gestion de l’eau, avec les nouveaux amendements déposés en séance, pour rétablir ce que les députés ont supprimé en commission.
Toute tentative de passage en force, pour contourner le cadre actuel de la gestion concertée de l’eau par bassin versant, est un contresens politique majeur.
Si ces mesures devaient trouver ici une majorité, nous sommes convaincus qu’elles ne feront que renforcer la défiance et les conflits d’usages sur les territoires, alors même que nous avons plus que jamais besoin d’une gestion démocratique, partagée et multiusages de la ressource en eau.
Je vous remercie.
